« 19 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 167-168], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11710, page consultée le 25 janvier 2026.
19 juin [1844], mercredi matin, 10 h.
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon cher bien-aimé adoré, bonjour, je
t’aime. Comment vas-tu ce matin ? As-tu pris un peu de repos ? Es-tu moins triste
et
moins accablé qu’hier ? Quand viendras-tu déjeuner avec moi ? Quand me feras-tu sortir ? Quand te verrai-je ? Je te désire et je
t’attends avec tout l’amour et toute l’impatience dont je suis capable, et ce n’est
pas peu dire. J’ai de tristes nouvelles de cette pauvre Joséphine, je te raconterai cela en détail tantôt. En même temps, je te
prierai d’apostiller une pétitiona adressée au Ministre de l’Intérieur pour la faire entrer
aux Quinze-Vingt1. Pauvre créature, quelle suite
d’affreuses tortures depuis qu’elle existe pour en arriver là ! Depuis ce matin, j’en
ai le cœur serré. J’ai besoin de te voir, mon cher bien-aimé, pour reprendre de la
confiance en Dieu car ces choses-là vous font douter de sa bonté. Dépêche-toi à venir,
mon Victor bien aimé, et je serais bien heureuse. Je t’aime tant. Il n’y a pas de
comparaison ni d’impression qui puisse te donner la mesure de mon amour ; je t’aime,
je t’aime. Je voudrais tâcher de lire le livre en question2, il faut pour cela que je me dépêche beaucoup. Suzanne n’est toujours pas très solide3, et c’est aujourd’hui la blanchisseuse. Il faut me hâter
dare-dareb.
Aime-moi, mon
Victor adoré, pense à moi, viens bien vite et tu me rendrasc bien heureuse. Bien heureuse.
Juliette
1 Les Quinze-Vingt est un hospice pour aveugle créé par Saint-Louis.
2 À élucider.
3 La domestique Suzanne a été très malade.
a « petitition ».
b « rendra ».
c « dardar ».
« 19 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 169-170], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11710, page consultée le 25 janvier 2026.
19 juin [1844], mercredi soir, 5 h. ¼
J’ai bien envie de vous grogner, mon cher petit, et même de vous battre si je vous
tenais, pour vous apprendre à ne pas venir plus que ça. Étonnez-vous, après cela,
si
je suis triste et si je me trouve malheureuse, je vous le conseille, Voime, voime. Le temps continue d’être hideux, et
vous êtes comme le temps : c’est à qui de lui et de vous me donnera le plus mal à
la
tête, c’est très spirituel mais je vous déteste. J’ai bien envie de finir ce
gribouillis sur cette impression et de vous prier d’y ajouter tout ce que vous voudrez
car pour moi, je suis à bout de mon amabilité et de mon esprit. D’ailleurs, je
souffre, j’ai mal à la tête et à l’estomac, et j’ai encore plus mal à mon cœur. J’ai
plus envie de pleurer que de rire et je sens la méchanceté qui me galopea. Voilà, j’espère, plus de raison qu’il
n’en faut pour s’abstenir et pour laisser la suite au prochain numéro ?
– – – – –
– – – – – – – – b
Jour Toto, jour mon cher petit o, qu’est-ce donc qui t’arrive, mon amour, que tu ne viens pas ? Je suis triste et
inquiète de ton absence, ce n’est pourtant pas la première fois, malheureusement,
que
tu oublies de venir, mais chaque fois que cela t’arrive, je suis tourmentée comme
s’il
ne pouvait y avoir qu’un accident sérieux qui pûtc t’empêcher de venir quand je t’attends. Tu penses qu’avec cette
disposition d’esprit, je ne peux pas trouver grande ressource dans ma raison et dans
ma patience ; aussi, je souffre et m’impatiente à cœur joie.
Juliette
a « galoppe ».
b 13 tirets courent sur toute la ligne.
c « put ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
